Dimanche 19 Novembre 2017

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Tarek Lazizi à Derby

«Il faut rappeler Ziani, Belhadj et Antar Yahia»

Il n'avait pas bouclé encore ses 19 ans quand il a brandi le trophée de la Coupe d'Afrique des nations avec la sélection nationale en 1990. Moins d'une année plus tard, il est champion afro-asiatique avec les Verts. Lui, c'est Tarek Lazizi, le "Baresi" du Mouloudia.

Avec quatre phases finales de la CAN à son parcours, l'ex-défenseur du Doyen est bien placé pour parler des Verts et de leur participation à la prochaine édition. Dans cet entretien, il évoque également l'actualité de notre football et de notre championnat. C'est sans langue de bois, comme à son habitude, que Lazizidénonce les irrégularités. Il n'en fait pas trop, il dit seulement tout haut ce que tous tout le monde pense tout bas. Exclusivité Derby.

Etes-vous toujours dans l'encadrement technique des jeunes catégories du Mouloudia ?
Oui, pourquoi ?


Parce qu'on laisse entendre que vous vous êtes retiré…
Non, ce n'est pas vrai, je travaille toujours avec les jeunes catégories où j'essaie d'apporter mon aide et ma modeste expérience.

C'est quoi au juste le poste que vous occupez ?
Je suis coordinateur des jeunes catégories, une sorte de relai entre les entraîneurs des différentes catégories et la direction technique. Je ne le fais pas à temps plein, je ne le fais que lorsque c'est nécessaire.

Bénévolement ?
On peut dire cela.

Pourquoi ?
Parce que j'aime le Mouloudia et que je fais partie de sa famille. Je le fais avec plaisir et par devoir en même temps. Si je peux faire quelque chose pour mon club, je le fais toujours sans attendre rien au retour.

Pourquoi chez les jeunes ?
Parce que c'est l'avenir du club. Il y a des gens qui y travaillent et qui essayent, avec peu de moyens, de construire quelque chose. Le salut de notre football passe par la formation, il n'y a pas d'autres solutions. Avec ce qu'on voit aujourd'hui en championnat, il vaut mieux se retourner vers les jeunes pour essayer de sauver ce qui peut l'être encore.

Vous n'avez pas pensé à occuper un poste d'entraîneur ?
Si, mais l'occasion ne s'est pas encore présentée. Et puis, je ne suis pas impatient de le faire. J'ai les diplômes de 2e et 3e degré, et quand le moment viendra, je pourrai me lancer dedans. Pour le moment, je suis en train d'apprendre, le métier d'entraîneur n'est pas facile.

Vous avez arrêté votre carrière de footballeur en 2005, c'est cela ?
Oui, j'ai joué mes deux dernières saisons avec le MC Bouira entre 2003 et 2005, ensuite j'ai raccroché. Mais avec le  Mouloudia, c'est en 2002 que j'avais arrêté.

Pourquoi êtes-vous resté tout ce temps-là sans occuper un quelconque poste, au Mouloudia ou ailleurs, sachant que votre riche carrière plaide en votre faveur ?
Parce que c'est un monde d'hypocrites, d'incompétents et de voleurs. Il se trouve que Lazizi est une grosse gueule qui n'a pas sa langue dans sa poche, et évidemment, il n'a pas sa place parmi eux. Croyez-moi, quand je vois ce qui se passe dans notre football, quand je vois le niveau actuel, je ne regrette pas trop d'avoir été marginalisé pendant toutes ces années. Au moins, on ne dira pas que Lazizi a contribué à cette mascarade.

Mais avouez que pour le footballeur que vous étiez, le fait d'être resté tout ce temps loin des terrains vous aurait certainement affecté, non ?
Oui, je l'avoue, ce n'est pas facile du tout, c'est difficile de supporter tout ce vide, mais je n'ai pas perdu mon temps non plus. J'ai fait des stages, j'ai passé mes diplômes et j'ai appris beaucoup de choses.

Vous voulez faire entraîneur à l'avenir ?
Oui, c'est ce que je veux faire.

Pourquoi vous ne tentez pas votre chance ailleurs qu'au Mouloudia ?
Mais je ne dis pas que je veux travailler uniquement au Mouloudia, je travaillerai ailleurs si l'occasion se présente.

Parce qu'on a l'impression que les anciens joueurs veulent toujours rester dans leur club après leur carrière de footballeur…
Ce n'est pas mon cas, en tout cas.

Si, demain, vous recevrez une offre de l'USMA ou du CRB, vous y irez ?
Je n'en vois pas d'inconvénients. Joueur, je ne l'aurai pas fait. Parce que moi, je suis un pur produit du Mouloudia, je ne pouvais pas jouer ailleurs sauf à l'étranger. Aujourd'hui, c'est différent et je ne vois pas pourquoi je n'irai pas dans un autre club.

Que pensez-vous du parcours du Mouloudia cette saison ?
Je crois qu'ils sont en train de faire un bon parcours jusque-là. Ils n'ont perdu qu'un seul match, ils en ont gagné cinq mais ils ont fait deux matchs nuls à domicile. C'est bon dans l'ensemble et je pense qu'ils peuvent jouer les premiers rôles cette saison, surtout avec ce niveau pitoyable du championnat.

Vous trouvez que le championnat est faible ?
Très faible même. J'irai loin et je dirai qu'il n'y pas de niveau du tout.

C'est pour ça que le Mouloudiaa une chance cette saison ?
Entre autres. Je ne pense pas que cette équipe est forte, mais compte tenu du niveau général du championnat et de celui des autres clubs, elle  a une chance. J'ai vu dernièrement le match contre El Eulma, presque toute la rencontre s'est déroulée dans les 18 mètres de l'adversaire. C'est pour vous dire qu'il n'y avait rien en face.

Vous ne pensez pas que vous êtes un peu sévère dans votre jugement ?
Non, je ne suis pas sévère, je suis réaliste. C'est la vérité, non ? Il n'y a rien à voir dans notre championnat, le niveau est tellement bas qu'on a du mal à se souvenir d'un quelconque match. Personnellement, je regarde les matchs du championnat, mais quand j'en rate un, je suis sûr de n'avoir rien raté. Je suis désolé si je suis dur dans mes jugements, mais c'est comme ça, je dis ce que je pense.

Restons au Mouloudia. A l'intersaison, vous étiez dans l'opposition (il nous coupe)…
Non, je n'ai jamais fait partie de l'opposition, c'est faux. J'ai toujours été neutre. Je ne suis ni avec X, ni avec Y. Moi, je suis avec le Mouloudia. C'est mon club, je milite pour son intérêt, et quand je vois le bricolage, je le dis et je le dénonce sans être obligé de me rallier à telle personne ou telle autre.

 

Mais vous avez appelé à un rassemblement à la pace El Kittani (il nous coupe encore)…
Non, je n'ai appelé à aucun rassemblement, et je vous fais savoir que je n'y étais même pas.

Mais à l'époque, on avait bien rapporté que vous étiez parmi les initiateurs de ce rassemblement et que vous y étiez présent, non ?
C'est faux, je n'y étais pas. On a certainement voulu utiliser mon nom. Des amis à moi m'avaient appelé d'ailleurs pour savoir si j'y étais et je leur ai dit que je n'étais même pas à Alger.

Pourquoi n'êtes-vous pas allé à ce rassemblement ?
Je trouve anormale le fait de faire une marche ou un rassemblement pour demander le départ d'une seule personne. Cela nécessitait-il tout cela ? Non, bien sûr. Si on voulait chasser cette personne du Mouloudia, on l'aurait fait sans avoir recours à une marche ou à une manifestation.

Il s'agit bien sûr de Omar Ghrib qui a bien résisté à tout le monde puisqu'il est toujours en place malgré toutes les tentatives de l'écarter…
Et bien, il est là parce que le peuple du Mouloudia a voulu qu'il reste, grand bien lui fasse et c'est tout. Moi, je n'ai rien contre lui, je le connais bien, nous sommes du même quartier, il a ses qualités comme il a ses défauts, mais je n'ai pas voulu qu'on utilise mon nom dans cette tentative de destitution pour qu'on dise que Lazizi est dans l'opposition. Encore une fois, je n'appartiens à aucun clan. Je suis neutre et je le resterai toujours.  

On  suppose, toutefois, que la reprise du club par Sonatrach devrait mettre tout le monde dans le même rang, n'est-ce pas ?
Je ne pense pas que quelqu'un puisse y émettre des réserves. Sonatrach, c'est l'Etat. C'est donc l'Etat qui va gérer le club et les choses ne seront plus comme avant. Plus de tchipa, plus de dessous de tables et plus de va-et-vient. Le Mouloudia est un grand club et je suis triste quand je le vois dans cet état. J'ai des démangeaisons quand je vois Al Ahly et le Zamalek, même si c'est un plaisir de les voir jouer. J'espère que les choses vont changer avec la venue de Sonatrach.

Revenons à ce que vous disiez tout à l'heure à propos de notre championnat. Vous le trouvez vraiment si faible ?

Pouvez-vous me donner un seul nom d'un club algérien qui a pu aller loin ces dernières années dans les compétitions africaines ? Normalement, ce sont nos meilleurs clubs qui sont engagés dans ces compétitions, non ?

Exact…
Et quand ils sont tous éliminés dès le premier tour, cela veut dire quoi ? Je vais répondre à cette question : cela veut dire qu'on n'a que du vent. Un championnat qui ne peut pas placer une seule équipe en demi-finale de la Ligue des champions africaine ou en Coupe de la CAF n'est pas un championnat, surtout quand cela dure depuis des années. Ce que je ne comprends pas par-dessus tout, c'est que les joueurs d'aujourd'hui ont tous les moyens.

Si l'on compare ce championnat avec celui de votre génération, y a-t-il une grande différence ?
Il y a une grande différence, ce n'est même pas la peine de faire une comparaison. C'est tout le monde qui le dit, pas uniquement moi. A notre époque, le spectacle était assuré chaque week-end, tous les matches étaient intenses et passionnants. Quand tu joues contre le CSC, quand tu joues contre El Harrach, tu penseras tout le temps à ce match au moins une semaine auparavant. Quand tu joues contre l'USMA, c'est devant 80 000 supporters que ça se passe, au moins 50 000. Pareil face au CRB. Quand tu vas à TiziOuzou pour jouer contre la JSK, tu sens  que c'est pour un grand clasico que tu es là. Impossible de battre la JSK sur son terrain, mais aujourd'hui, vous voyez bien que n'importe quelle équipe peut la battre à TiziOuzou.

Le niveau de jeu était meilleur ?
Bien sûr qu'il était meilleur. Si je vous cite Dziri, Tasfaout, Lounici, Rahim, Benali, Saïfi, Mecheri, Meftah, Zeghdoud, Saïb et j'en oublie, qui pouvez me citer aujourd'hui pour faire le poids ? Avec tout ce beau monde, le spectacle était assuré. Les dribbles, les combinaisons, les une-deux, les tirs de loin, les beau tacles, les beaux buts, il y avait tout. Aujourd'hui, on n'attend que le coup de sifflet final pour rentrer chez soi, ça c'est pour les gens qui vont encore au stade.

Ou réside le problème selon vous ?
En grande partie, c'est à cause de l'argent. Les joueurs touchent beaucoup d'argent et j'ai l'impression que c'est leur unique objectif. Bessahathoum comme on dit, mais je n'ai pas l'impression qu'ils font des efforts pour justifier ce qu'ils touchent. Quand un joueur est déjà multimillionnaire à 20 ans, pour ne pas dire milliardaire, je ne vois pas comment va-t-il chercher à progresser. Il a déjà tout, une grosse cylindrée, un compte bien garni et un avenir presque assuré. Pourquoi se casserait-il la tête ?

Pourquoi alors en Europe, des joueurs qui gagnent dix fois et quinze fois plus ne donnent pas cette impression ?
Là, vous parlez d'un autre monde, un monde complètement différent. Quand je vois Messi jouer, je me dis qu'il n'a pas de quoi s'acheter une baguette. C'est une autre mentalité, rien à voir avec celle du joueur algérien. Ce sont des professionnels au sens propre du terme. Ils gagnent beaucoup d'argent certes, mais ils aiment leur métier et ils ont le sens du devoir envers leur employeur et envers leur public. Ils justifient le moindre sou qu'ils gagnent. Chez nous, on se permet même de faire des grèves, c'est à ne rien comprendre.

Pour vous, c'est l'argent qui est la cause de la régression du niveau de notre football ?
Je dirai que c'est la principale raison. C'est l'argent qui a Sali notre football et qui est derrière cette baisse du niveau. Aujourd'hui, les joueurs d'aujourd'hui ont tout mais ils ne donnent rien. En plus de l'argent, les conditions sont meilleures qu'à notre époque. Hier, on faisait dix heures pour aller à Oran ou même à Chlef, il n'y avait pas d'autoroutes. Aujourd'hui, tu es là-bas en un clin d'œil. Le Mouloudia par exemple, pour aller à Sétif, ils démarrent le matin, à 10h ils sont à Sétif, ils jouent et ils reviennent. Pas la peine d'aller 24 heures à l'avance, de se fatiguer le moral et de s'exposer à la pression. Mais comme on le constate, on ne voit rien sur le terrain.

On suppose néanmoins qu'il n'y a pas que l'argent qui soit la cause de ce déclin, non ?
Bien sûr qu'il n'y a pas que l'argent, il y a aussi les responsables de clubs. Les présidents ne cherchent qu'une seule chose, les victoires. C'est tout ce qui les intéresse, rien d'autre. Le jeu, le football, la formation, c'est le dernier de leurs soucis. Malheureusement, certains entraîneurs font de même. Eux aussi, il n'y a que le résultat qui les intéresse. Et ce qui me révolte le plus, des anciens joueurs, des commentateurs, des consultants viennent raconter n'importe quoi à la télévision. Ils font comme si tout va bien, ils cautionnent tout et ils ne disent jamais ce qu'ils pensent. C'est pour cela que je vous disais tout à l'heure que je n'ai pas ma place dans ce monde d'hypocrites.

Et les solutions ?
L'assainissement du monde du football et le retour à la formation. Je fais court pour qu'on ne dise pas que je suis en train de philosopher (rire).

Parlons maintenant, si vous voulez, de l'équipe nationale. D'abord, comment avez-vous trouvé le dernier match contre la Bosnie ?
(rire),  je ne vais pas encore parler de la pelouse quand même ?

Non, du match même s'il n'y avait pas de match…
Moi je dis qu'on doit s'estimer heureux que le terrain soit dans cet état, sinon, on aurait pris une raclée. La Bosnie, ce n'est pas n'importe quelle équipe, elle est l'une des meilleures d'Europe. Techniquement, ils sont très forts. Même sur un terrain pareil, ils ont pu développer quelques facettes de jeu, comme lors du but qu'ils ont marqué.

Que pensez-vous de l'EN version Halilhodzic ?
Je pense qu'Halilhodzic a apporté beaucoup de choses à la sélection, il y a eu beaucoup d'amélioration, notamment sur le plan offensif, mais à mon avis, ça reste encore insuffisant.

C'est-à-dire ?
On ne peut pas porter un réel jugement sur cette équipe dans la mesure où elle n'a affronté jusque-là que des équipes très modestes. Les deux matchs que nous avons joués contre des sélections qui se valent, nous les avons perdus. C'était contre le Mali et la Bosnie.

Qu'est-ce qui manque encore à cette sélection ?
Beaucoup de choses, mais surtout de l'expérience. Pour espérer faire quelques chose à la CAN, il faut plus de joueurs d'expérience, c'est une compétition qi est très exigeante. Je pense qu'il faut rappeler Ziani, Antar Yahia et Belhadj, ils seront d'un apport considérable sur ce plan. La fougue, ça ne suffit pas. Par exemple, on voit bien que Feghouli ne peut pas assumer son statut de meneur. Il n'est pas aussi actif en équipe nationale qu'à Valence, il n'a pas le même rendement, ça se voit quand même.

Vous qui avez participé à quatre phases finales de la CAN, pensez-vous que l'Algérie est capable d'aller très loin en Afrique du Sud ?
Ça va être difficile à mon avis. Je vous le disais, on ne connait pas encore ses réelles capacités, on aurait dû organiser des matchs contre des adversaires plus costauds pour voir où on en est vraiment. On  risque d'être surpris à la CAN en effet. Mais pour moi, c'est le facteur expérience qui est important et qui nous manque malheureusement.

Qu'est-ce que ça fait d'être le plus jeune joueur algérien à avoir été sacré champion d'Afrique des nations ?
J'avais 18 ans et demi quand je l'ai gagné en 1990, c'était magique. J'ai eu la chance de côtoyer de très grands joueurs comme Madjer, Menad et les autres. Je suis évidemment très fier, mais je dois vous dire que je n'ai jamais imaginé, ce jour-là, qu'on ne brandira plus ce trophée, ça fait 22 ans quand même.

Par R. L.

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