Mardi 19 Septembre 2017

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Mohamed Laïb à Derby

«Seul l'arbitrage peut nous empêcher de gagner quelque chose»

Il y a quatre ans, Mohamed Laïb reprenait le club de son cœur dans des conditions très difficiles. L'USMH était en proie à une crise financière aigue et à des problèmes d'ordre organisationnel  et infrastructurel.  Le stade du 1er-Novembre était dans un piteux état, tout comme le siège du club.

Les dettes s'accumulaient et menaçaient les banlieusards, et c'est dans ce contexte que Laïba accepté de relever le  défi avec un projet ambitieux auquel peu de gens avaient cru. Il se fixe un objectif : construire un club au bout de quatre ans. A quelque mois  de la fin de ce cycle, les résultats sont déjà là. Avec des moyens très modestes, il présente une équipe qui fait trembler les ténors du championnat et qui parvient même à dominer les débats. Sur le plan infrastructurel, beaucoup de choses ont été accomplies. Le président harrachi fait ici le point de son bilan et des problèmes qui se dressent sur le chemin de son équipe et évoque son éventuel départ à la fin de la saison. Entretien.

 

L'USMH marche bien en ce moment, enchaîne les victoires et caracole en tête du championnat. Vous devez être un président heureux, non ?
Oui, je suis un président heureux et fier de mon équipe. Je suis fier de tout ce que nous avons pu accomplir avec peu de moyens.

Comment expliquez-vous cette réussite ?
Cette réussite n'est pas venue comme ça, au hasard, il y a des gens dévoués qui sont derrière. Il n'y a pas de recette magique. Si l'équipe marche aussi bien, c'est pour deux raisons essentielles. La première, c'est la stabilité du groupe et de tous les staffs. Même si de temps à autre un ou deux joueurs quittent le club, cela ne nous empêche pas de préserver l'ossature. Aussi, l'encadrement de l'équipe est toujours le même, ce sont des gens qui connaissent parfaitement le fonctionnement du club. La seconde raison, c'est notre entraîneur BoualemCharef qui fait un excellent travail depuis plus de quatre ans et à qui nous donnons carte blanche. Il a toute notre confiance.

Si on vous pose ces questions, c'est parce que tout le monde se demande comment une équipe avec un budget modeste et des joueurs inconnus au bataillon domine le championnat et séduit  en plus par son jeu…
Ça, c'est vous qui le dites. Nous, nous ne sommes pas surpris. L'USMH, c'est tout un projet. Lorsque nous l'avons lancé, on avait dit que nous allions partir sur un programme de quatre ans. Un grand travail a été fait durant toute cette période avec une politique qui correspond aux moyens du club. Aujourd'hui, le groupe est arrivé à maturité. On devrait normalement cueillir les fruits d'un dur labeur. Ce n'est donc pas par hasard que l'USMH en est arrivé là.

En parlant de la stabilité au niveau du staff technique, cela s'est fait il y a quelques années à Chlef avec un certain Abdelkader Amrani qui est resté plus de quatre ans à l'ASO, avec les résultats que l'on connait. Est-ce le même modèle que vous avez voulu copier ?
Non, ce n'est pas la même chose. Si l'ASO de l'époque avait su préserver la stabilité au niveau de son staff technique, au niveau de l'équipe, elle  s'est tout de même appuyée sur des joueurs de renom, voire des vedettes, avec les Messaoud, Gharbi, Zaoui et j'en passe. Ce n'est pas la même chose à l'USMH où on s'est basé essentiellement sur la formation. Nous avons ramené des jeunes de 17 ans, de 18 ans, inconnus au bataillon, que nous avons formés nous-mêmes, à l'image de Demou, Touahri et les autres. Toute la différence est là. Nous n'avons pas monté une équipe en allant se payer les joueurs des autres clubs à coups de milliards, nous n'avons pas ces moyens.

Que pensez-vous justement de cette valse des entraîneurs que connaît le championnat de Ligue 1 où il ne se passe pas une semaine sans que l'on annonce le départ de tel entraîneur et l'arrivée de tel autre ?
Je ne veux pas parler des autres clubs, chacun fait ce qu'il veut. Je ne suis pas là pour juger ou évaluer le travail des autres, cela ne me concerne pas. Chaque équipe a ses propres problèmes.

Toujours à ce sujet, la suspension de BoualemCharef ne semble pas avoir entravé la bonne marche de l'équipe qui continue son petit bonhomme de chemin, non ?
Ça ne peut pas influer sur l'équipe dans la mesure où cette suspension ne l'empêche que de s'asseoir sur le banc le jour du match. Et comme vous le savez, la technologie a évolué aujourd'hui, on peut bien communiquer avec son banc même de chez soi. Ce n'est pas cette suspension qui va empêcher Charef d'être en contact avec son banc. Donc, cela ne pose pas vraiment de problème. Il est arrivé à BoualemCharef de s'absenter pendant plusieurs jours même, comme c'était le cas récemment quand il était parti accomplir le devoir du pèlerinage, sans que cela n'ait un impact sur la bonne marche du groupe. Le plus important, c'est le travail qui est mis en place et le travail qui est fait à l'entraînement.

Vous expliquez la réussite de l'USMH par la stabilité de son encadrement technique et administratif. N'y a-t-il pas autre chose ?
Non, il n'y a que ça. Je vous l'ai dit tout à l'heure, il n'y a pas de recette magique. Le football est simple, il doit être géré simplement. C'est notre philosophie.

Au moment où l'ensemble des clubs de Ligue 1 souffrent financièrement, certains sont même sur le point de déposer le bilan, l'USMH ne semble pas trop s'en plaindre. Comment arrivez-vous à gérer cet aspect ?
Là également, c'est très simple. On gère notre club avec les moyens qu'on a  et non avec les moyens qu'on n'a pas. Je ne peux pas dire que l'USMH se porte bien, c'est faux, mais nous n'avons certainement pas les mêmes soucis financiers que d'autres, j'entends par là les clubs qui se permettent de grosses dépenses et qui n'arrivent pas à y faire face. Nous, nous avons nos propres soucis financiers, comme tous les clubs d'ailleurs, et on essaye tant bien que mal de les régler.

S'agissant des salaires des joueurs, êtes-vous à jour ?
Non, nous accusons un petit retard là-dessus, de deux mois seulement. Ce n'est pas comme les autres clubs où les joueurs ne sont pas payés depuis quatre ou cinq mois. Je vous l'ai dit, El Harrach a également ses problèmes à ce niveau, on en souffre, mais on parvient à gérer du moment qu'on ne fonctionne pas au-dessus de nos moyens. Pas plus tard que cette semaine d'ailleurs, avant le match du MCO, les joueurs avaient déjà touché la prime de la victoire contre la Saoura.

Vous ne craignez-pas toutefois que cette crise financière puisse vous éclater un jour en plein visage avec les dégâts que cela peut engendrer au niveau de l'équipe ?
Oui, je le crains comme tout le monde, El Harrach n'est pas un club à part, il fait partie d'un système qui risque de chavirer à tout moment. Mais c'est comme ça, il faut faire avec et essayer de limiter les dégâts.

Peut-être que le fait de n'avoir pas fait venir des joueurs d'envergure, les vedettes comme vous les appelez, ait diminué vos dépenses, notamment en matière de masse salariale, non ?
C'est sûr. Je viens de vous le dire d'ailleurs, notre politique a été claire dès le départ. L'USMH ne vit pas au-dessus de ses moyens. Nous avons choisi d'investir sur les jeunes que nous faisons ramener et former. Nous n'avons pas le budget de l'USMA ou celui d'autres clubs qui ont opté pour autre politique. Cela dit, encore une fois, El Harrach a ses soucis financiers comme toutes les autres équipes.

Etes-vous attentif à ce qui se passe au CRB ?
Pourquoi ?

Parce que les problèmes du CRB sont presque les mêmes que ceux des autres clubs, sauf que les joueurs du Chabab ont décidé de passer à l'action en menaçant de déclencher une grève jusqu'à ce qu'ils soient payés. Et si cela arrivait à votre équipe ?
Chaque équipe a ses problèmes, chaque équipe a ses joueurs et chaque club a sa propre façon de gérer une situation ou une autre. Je ne veux pas parler du CRB, je ne suis pas là pour ça. Mais je dis que tous les clubs vivent des situations financières difficiles, ce n'est pas propre au CRB. Concernant mon équipe, je ne pense pas qu'on va en arriver là. Nous discutons avec les joueurs et ils comprennent la situation.

Ces dernières années, on s'est habitué à voir l'USMH faire un bon début de championnat avant de marquer le pas et rater sa fin de saison. Vous ne craignez pas que cela puisse se reproduire encore une fois cette saison ?

Si on nous fait le même coup que la saison dernière, oui je le crains.

Expliquez-vous…
Vous n'avez pas vu comment on nous a massacrés la saison passée ? Vous vous rappelez de nos matchs contre le CSC et le CAB ? Vous vous rappelez de l'arbitrage scandaleux de la demi-finale de la Coupe d'Algérie contre l'Entente de Sétif ? On nous a carrément volés.
On était bien en lice en championnat comme en coupe, mais on nous a perturbés et c'est la raison pour laquelle nous avons fléchi en fin de saison. L'arbitrage est le seul obstacle qui peut se dresser devant nous. Oui, si on nous refait le même coup, l'USMH ne gagnera rien.

C'est pour quand alors ce titre qui fuit El Harrach depuis des années ?
Vous savez, le football n'est pas une science exacte, je ne peux pas vous dire quand allons-nous gagner un titre, surtout avec ce que je viens de vous dire.

Si l'on prend en considération ce que vous nous aviez dit tout à l'heure, vous êtes en fin de cycle avec votre projet qui a débuté il y a quatre ans. Vous ne pensez pas que cette année devrait être celle de la consécration ?
Je l'espère en tout cas, et c'est le souhait de toute la famille harrachie, joueurs, entraîneurs, dirigeants, encadrement et supporters.  Il y a beaucoup d'efforts qui ont été consentis et on aimerait bien cueillir le fruit de beaucoup d'années de dur labeur.

Si l'USMH ne gagne pas de titre cette saison, allez-vous remettre en question toute la politique que vous avez mis en place ?
Non, jamais. Les objectifs, ce n'est pas des titres uniquement. C'est tout un projet. Notre principal objectif, c'était de restructurer le club. En matière d'infrastructures, nous avons fait beaucoup de choses. Il y a quatre ans, il n'y avait rien. Aujourd'hui, nous avons des vestiaires, un sauna, de l'électricité, un groupe électrogène, des bureaux, une administration compétente, une politique claire, un encadrement compétent, tout cela faisait partie de nos objectifs, et bientôt nous allons lancer notre centre de formation. On peut être fier de ce que nous avons accompli jusque-là car, croyez-moi, ce n'était pas très évident. Nous sommes partis de rien, mais aujourd'hui, nous avons posé les assises d'un club bien structuré. Maintenant, ce serait bien de joindre l'utile à l'agréable et gagner un titre, mais on a bien vu qu'on peut tout perdre sur une décision malhonnête d'un arbitre.

L'arbitrage, c'est tout le monde qui s'en plaint. On en parle chaque week-end et tous les clubs disent qu'ils sont visés. Qu'en pensez-vous ?
C'est le plus grand problème de notre championnat et ça ne date pas d'aujourd'hui. Si tout le monde en parle, c'est qu'il y a problème. Il faut assainir ce corps et très vite. Il n'est pas normal que le travail de toute une saison soit balayé d'un revers de la main à cause d'une décision arbitrale. Pour nous, les arbitres sont nos principaux adversaires, nous avons été souvent lésés, comme c'était le cas la saison passée, et ça continue encore avec un arbitrage scandaleux lors de notre déplacement cette année à El Eulma. Je vous le dis, il n'y a que l'arbitrage qui pourrait nous empêcher de gagner quelque chose cette saison.

Toujours à ce sujet, vous avez défendu bec et ongles votre entraîneur après sa suspension de six mois par la Ligue nationale, vous pensez toujours qu'il ne la méritait pas ?
Oui, je le pense toujours. Ecoutez, j'ai déjà parlé de cette affaire. Moi, je n'étais pas sur la main courante, mais je connais très bien mon entraîneur. C'est quelqu'un de pudique, un fils de bonne famille, il n'aurait jamais prononcé les propos dont on l'accuse. Ceux qui connaissent BoualemCharef vous diront la même chose. Un des arbitres s'était exprimé sur le sujet en disant que Charef n'arrêtait pas de les insulter depuis le début de la rencontre et même avant. Qui va croire ça ?

Mais reconnaissez tout de même que Charef s'emporte beaucoup sur la main courante et ça luiarrive souvent de s'accrocher avec les arbitres…
Cela est normal, surtout pour un entraîneur qui travaille dur comme lui. Vous savez que nous sommes parmi les premiers à nous remettre au travail à l'intersaison. Le staff technique fait d'énormes sacrifices durant cette période qui est très importante pour nous. On travaille très dur, et quand Charef voit que tout ce qu'il fait est saboté par une injustice sur le terrain, il est normal qu'il réagisse de la sorte, c'est rageant quand même.

Vous avez parlé tout à l'heure d'un centre de formation qui va ouvrir ses portes prochainement. Si vous nous en parliez ?
Ce n'est pas un centre de formation au sens propre du terme. Nous n'avons pas encore les infrastructures qu'il faut. Il s'agit d'un embryon de dix à quatorze joueurs. Nous avons quelques surfaces au niveau du stade que nous allons exploiter dans ce sens. C'est un premier pas en attendant la concrétisation des promesses de l'Etat sur le terrain. Et comme je l'ai déjà dit, ce n'est pas avec des discours qu'on devient des clubs professionnels, c'est avec des actes et du concret sur le terrain. L'Etat devait accompagner les clubs dans leur transition, mais jusqu'à présent, rien n'est fait. A El Harrach, nous sommes persuadés, en tout cas, qu'il n'y a que la formation de base qui peut relever le niveau de notre football.

On vous a déjà entendu dire qu'il est très possible que vous quittiez le club à la fin de l'exercice en cours et au terme de ce cycle de quatre ans. C'est toujours d'actualité ?

Vous savez, nul n'est éternel. Un jour, je partirai, c'est sûr. Mais avant de le faire, je dois m'assurer de laisser à mon successeur un club avec des bases solides, bien structuré et bien encadré. Je  dois  également m'assurer de laisser l'USMH entre de bonnes mains. Est-ce que je partirai à la fin de la saison ? Je ne sais pas encore, il est encore tôt de se prononcer à ce sujet même si dans mes plans j'ai effectivement envisagé de partir à la fin de ce cycle. S'il y a des investisseurs sérieux qui se présentent, je suis là pour leur faciliter les choses. Mais rassurez-vous, on ne cèdera pas l'USMH à n'importe qui.

R. L.

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