Mardi 19 Septembre 2017

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Dziri Billel à Derby

«Je ne veux pas me brûler les ailes»

Billel Dziri a accompli convenablement sa mission en tant qu'entraîneur intérimaire après avoir réussi à améliorer les résultats de son équipe suite à une série de mauvaises performances qui ont précipité le départ d'Angel Gamondi. Certains pensent qu'il était temps pour lui de prendre les choses en main, mais lui, il pense que le moment n'est pas encore venu. Sur le début difficile de son équipe en championnat, le départ de Gamondi et la venue de Courbis, l'enfant terrible de Bologhine décortique ici la situation de l'USMA sans dramatiser les choses. Pour Dziri, c'est un passage à vide qui ne va pas durer plus que ça. Entretien.

A l'orée de la saison, l'USMA était le super favori du championnat, de gros moyens ont été mis en place, mais force est de constater  que les choses ne se passent pas comme prévu avec une timide dixième place, bien loin du podium. Pourquoi ça ne marche pas ?
Je dois reconnaître que la situation actuelle n'est pas confortable pour nous, mais elle n'est pas alarmante non plus. On aurait bien aimé avoir un meilleur début de saison, mais en football, on n'est sûr de rien. Cela dit, il faut rappeler que l'USMA est un projet, et un projet, ça prend du temps pour se réaliser et se mettre en place. Ce n'est pas du jour au lendemain qu'on va avoir des résultats.
Il faut être patient avec cette équipe, je suis sûr que ça va venir. Je peux citer plusieurs clubs de renommée mondiale qui ont fait du surplace pendant longtemps avant de décoller, à l'image de Manchester City qui a mis, je crois, quatre ans avant de gagner la Premier League et devenir l'un des meilleurs clubs d'Europe.

Oui, mais en championnat, des équipes de moindre envergure, qui n'ont pas le statut de l'USMA et sont même confrontées à de grands problèmes financiers, réalisent de meilleurs résultats. Comment expliquez-vous cela ?
En plus de ce que je viens de dire, sur le plan technique, cela peut s'expliquer par un début difficile en championnat. Nous avons débuté avec un échec à domicile contre le CSC, et juste après, nous sommes allés perdre à El Eulma.
A mon avis, ce sont ces deux résultats qui ont fait que l'USMA débute mal sa saison. Tout est devenu un peu compliqué par la suite. Nous nous sommes ressaisis ensuite, mais nous avons concédé une défaite inattendue à domicile contre le CABBA, ce qui a compliqué les choses pour nous. On ne peut pas prévoir ce genre de situation, le football n'est pas une science exacte. Maintenant, avec  la victoire face à la JSK (entretien réalisé avant le match d’hier face au WAT, ndlr) et la venue d'un nouvel entraîneur, j'espère qu'on va pouvoir redresser la situation.

Avez-vous le sentiment d'avoir réussi votre mission en gérant cette période qui suivi le départ de Gamondi ?
Je pense que je l'ai bien accomplie. Ce n'était pas facile de prendre l'équipe la veille de son départ pour Nouakchott, presque vers l'inconnu, dans le cadre d'une compétition internationale en plus. Nous avons quand même gagné et fait un grand pas vers la qualification au prochain tour. Après, dans des conditions très difficiles par rapport à la fatigue et tout, il n'était pas évident de faire match nul contre l'USMH qui était mieux en jambes. Et avec la victoire contre la JSK, je crois j'ai réussi au moins à stopper l'hémorragie et à provoquer le déclic.

Qu'est-ce qui n'a pas marché avec Gamondi ?
Je vous l'ai dit tout à l'heure, il a été victime d'un mauvais début de saison. Il n'a pas eu de réussite, c'est tout. Les deux premiers faux pas ont perturbé un peu le groupe, et à partir de là, tout est devenu fragile. Et comme on le sait, le meilleur allié d'un entraîneur, ce sont les résultats. Dès qu'ils ne sont pas là, c'est lui qui doit sauter, ce n'est pas propre à l'USMA et ça ne se passe pas qu'en Algérie.

Après son départ, on a laissé entendre que Dziri pouvait prendre les choses en main s'il arrive à redresser la barre. Est-ce vrai ?

Non, pas du tout. Tout s'était passé très vite. Gamondi est parti juste après la défaite contre l'ESS. Le président m'a appelé et a été clair avec moi. Il m'a bien fait savoir que je devais assurer l'intérim jusqu'à la nomination d'un nouvel entraîneur. En tant qu'entraîneur-adjoint et en tant que membre de cette famille, je devais répondre présent et me montrer à la hauteur. Je ne fuis jamais mes responsabilités.

Vous ne vous êtes pas dit, à un moment, que vous pouvez prendre seul les choses en main ?
Ecoutez, un entraîneur se doit d'être ambitieux, sinon, il n'a rien à faire dans ce métier. Mais en même temps, il ne doit brûler les étapes. Je ne veux pas me brûler les ailes. Je vais doucement, je ne suis pas pressé. Je suis encore jeune, je suis en train d'apprendre le métier et je passe mes diplômes entretemps. Quand le moment viendra, j'y foncerai.

Votre longue expérience en tant que joueur devrait vous aider aussi à franchir ce pas, non ?
L'expérience du terrain me sera certainement bénéfique, mais ça ne  suffit pas. Les gens croient que c'est un métier facile alors que c'est faux. Quand on passe de l'autre côté de la barrière, l'on se rend compte que c'est un autre monde. C'est beaucoup plus compliqué qu'on le pense, mais c'est passionnant aussi.

En si peu de temps, vous avez pu travailler sous la coupe d'entraîneurs de renom, notamment Renard, Ollé-Nicolle, Ighil, Gamondi et aujourd'hui Courbis. Vous êtes chanceux, non ?
Je peux dire que pour mes débuts dans le métier, j'ai eu la chance de travailler avec tout ce beau monde. Chacun avait sa méthode et sa vision des choses. J'ai appris énormément de choses à leurs côté, des choses que je ne connaissais pas et je suis sûr que ça va m'être utile dans ma carrière d'entraîneur. Je suis attentif à tout ce qui se passe autour de moi, je vois, j'écoute et j'apprends. On n'a pas toujours cette chance.

Aujourd'hui, c'est avec Rolland Courbis que vous partagez le banc de l'USMA. Vous êtes impressionné ?
Impressionné ? Non, mais honoré, dois-je le dire. Car, comme je viens de le dire, on n'a pas toujours cette chance de côtoyer et de travailler avec des entraîneurs de cette envergure. C'est quelqu'un qui a fait ses preuves, qui a entraîné de grands clubs français et qui a obtenu de très bons résultats durant sa carrière. C'est quelqu'un qui a une expérience très riche et beaucoup de connaissance dans le domaine, ce n'est pas à moi de le présenter, ce n'est même pas la peine de le faire. J'espère que l'USMA en tirera profit et réalisera avec lui un nouveau départ.

Vous connaissait-il avant de venir ?
Apparemment.

Comment cela ?
Il me l'a fait savoir en me disant qu'il savait que jouais à Sedan et tout.

Il a dû se renseigner sur vous, non ?
Certainement, mais il faut lui poser la question.

Avec la venue de Courbis, l'USMA vient d'engager son deuxième entraîneur alors qu'on n'est pas encore à mi-chemin. Ne s'agit-il pas quelque part d'un aveu d'échec ?
Ce n'est pas exactement cela. Je vous l'ai expliqué tout à l'heure, on ne peut pas tout prévoir. Il y a des clubs qui ont l'obligation de résultats par rapport à tout l'investissement qui a été fait au début de la saison, comme c'est le cas de l'USMA. Et quand ça ne marche pas, on est parfois obligé d'opérer des changements, et malheureusement, c'est toujours l'entraîneur qui est la cible. Cela ne veut pas dire que Gamondi est mauvais, mais ça se passe comme ça partout. L'USMA est passée par un passage à vide et il fallait un déclic pour repartir de nouveau. J'espère que la venue de Courbis va nous permettre de le faire.

L'USMA accuse un retard considérable par rapport au leader du championnat. Pensez-vous qu'il est encore possible de rattraper les choses ?
Il est vrai qu'on n'a pas réussi notre entame de championnat et qu'on est très en retard aujourd'hui par rapport à nos objectifs, mais la situation n'est pas critique pour autant. Rien n'est encore joué, il reste encore 22 matchs où tout peut arriver, et vous allez voir qu'il y aura beaucoup de rebondissements d'ici-là. Chaque équipe aura son passage à vide. Le nôtre, on vient de le passer, et maintenant, il faut décoller.

Tournons la page de l'USMA et ouvrons celle de la sélection nationale si vous voulez…
Allez-y !

Que pensez-vous d'abord du groupe de l'Algérie en phase finale de la CAN 2013 ?
C'est un groupe que tout le monde appelle le groupe de la mort, et ce n'est pas pour rien. Avec l'Algérie, la Côte d'Ivoire, la Tunisie et le Togo, ça va être très chaud. Pour nous, ça sera deux grands clients et un derby, ça ne va pas être facile. Mais à mon avis, il n'y a pas de favoris dans ce groupe. Les quatre équipes se valent et partent à chance égales.
Mais tout le monde donne la côte d'Ivoire comme le favori numéro 1, pas vous ?
Non, pas moi. C'est ce qu'on disait de cette équipe en 2010, et finalement, nous les avons battus et éliminés, et avec la manière en plus. En Afrique et en phase finale de la CAN, on peut s'attendre à tout. Sur le papier, il y a effectivement des favoris qui sont généralement les têtes de série et ceux qui figurent dans le premier chapeau. Mais sur le terrain, c'est autre chose, chaque édition a eu son lot de surprises, comme ce fut le cas en 2012 ou personne n'attendait la Zambie. Pour moi, tout est possible durant cette CAN.

Selon vous, l'Algérie peut-elle faire une meilleure CAN que celle de 2010 ?
Si on veut faire une meilleure CAN que celle de 2010, cela veut dire qu'on doit aller en finale. C'est une performance difficile à réaliser, mais qui n'est pas impossible.

On entend par une meilleure CAN, de meilleurs résultats et un meilleur parcours…
C'est vrai, nous avons passé presque miraculeusement le premier tour après la défaite par trois buts à zéro contre le Malawi, mais les gens ne retiendront que la demi-finale qu'on avait atteinte. En 1982, nous avons battu la RFA en Coupe du monde, mais cela n'a pas empêché les Allemands d'aller jusqu'en finale. Ça reste la référence.

Qu'est-ce qui aurait changé entre 2010 et 2013 ?
Je trouve que nous avons une équipe plus expérimentée, c'est cela la différence. Des joueurs qui avaient pris part à la CAN de 2010 sont toujours là, et depuis, ils ont certainement acquis de l'expérience.
Il y a d'autres talents qui ont rejoint le groupe et qui peuvent apporter beaucoup de choses à l'équipe.

Quelles sont les chances de l'Algérie dans cette CAN ?
Elles sont grandes. On peut réaliser une grande CAN, nous en avons les moyens. Il faut bien la préparer et aller en conquérants. Mais il faut faire très attention en même temps, il n'y a plus d'équipes moyennes ou faibles en Afrique.
Une équipe qui se trouve dans le dernier chapeau, le Cap-Vert, a éliminé le Cameroun. C'est suffisant comme exemple.

Pensez-vous qu'Halilhodzic est en mesure d'emmener l'EN très loin dans cette CAN ?
C'est un entraîneur qui a réalisé de très bons résultats jusque-là avec la sélection nationale. Il a pu lui donner une âme et améliorer ses performances. Je crois qu'il est en mesure faire une bonne CAN avec l'Equipe nationale, il faut profiter de son expérience.

Revenons au championnat de ligue 1. Que pensez-vous du professionnalisme qui a été instauré depuis trois saisons ?
Je dis que c'est une bonne chose. Il n'y a que le professionnalisme qui peut hisser notre football à un meilleur niveau. C'est la seule solution pour sortir de la crise, on doit s'aligner sur ce qui se fait ailleurs.
Mais le  constat est là, on patine encore, la majorité des clubs sont en crise et n'arrivent pas à franchir le pas. Certains appellent même au retour à l'ancien système. Qu'en dites-vous ?
Je sais que nos clubs rencontrent beaucoup de problèmes, mais ceux qui ont pensé que le passage au professionnalisme va être facile ont eu tort. C'est un apprentissage de longue durée. Ça prendra le temps qu'il faudra, mais il était temps de se lancer. Il ne faut surtout pas commettre l'erreur de revenir en arrière. Des pays ont dû attendre des années pour voir le résultat, nous n'allons pas faire l'exception. Il faut démarrer, on connaîtra beaucoup de problèmes en chemin, mais il faut se lancer dans le bain, nous n'avons pas d'autres solutions.

Qu'est-ce qui manque encore, selon vous ?
Beaucoup de choses, notamment les infrastructures. Il manque les terrains qui sont l'outil indispensable pour pratiquer le football et apprendre à jouer au foot. C'est le plus important pour bien se lancer dans le professionnalisme. Après, tout viendra avec le temps, mais il ne faut pas baisser les bras.

R. L.

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