Dimanche 19 Novembre 2017

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Yacine Bezzaz à Derby

«Beaucoup de clubs en France n'ont pas les moyens de l'USMA»

Trente-trois mois après s'être blessé en phase finale de la CAN 2010 face au Mali, Yacine Bezzaz est de retour en Equipe nationale. Epoustouflant depuis le début de la saison, l'ex-Troyen ne laisse personne indifférent, y compris le sélectionneur national qui est tombé sous le charme d'un garçon talentueux et attachant, avec de grandes valeurs humaines. Halilhodzic s'est même interrogé pourquoi personne ne lui avait parlé de lui auparavant. A 31 ans, l'enfant de Grarem revit au CSC. Son retour en sélection n'est qu'une juste récompense pour un joueur qui s'est pris en main mentalement et qui s'est armé de patience pour surmonter tout ce qu'il avait dû endurer depuis cette méchante blessure au genou en Angola. Ce retour a coïncidé avec celui des Verts en phase finale de la CAN, comme si son destin était lié à jamais avec l'Equipe nationale. Aujourd'hui, Bezzaz veut rester sur cette lancée et n'a qu'une seule envie, aller en Afrique du Sud après avoir raté la Coupe du monde.

Vous venez de faire votre retour en Equipe nationale. Dites-nous d'abord quels sont vos sentiments ?

J'avais un sentiment très particulier. Une grande joie et une grande fierté en même temps. C'était très fort, beaucoup plus fort que lorsque j'ai été appelé pour la première fois en Equipe nationale. Car j'ai considéré cette convocation comme un fruit de dur labeur. J'ai été presque mort et enterré, mais grâce à Dieu, à ma famille et à mes proches, j'ai réussi à m'en sortir et à revenir. Cette convocation est une très belle récompense, j'en suis très fier.

On en reviendra après, mais d'abord, parlons de votre début de saison avec le CSC où vous n'avez laissé personne indifférent. Quel est le secret de ce retour en force au-devant de la scène ?

Vous savez, en football, il n'y a pas de recette miracle ou de secret comme vous le dites. Il n'y a qu'une seule chose, le travail avec de l'abnégation. A partir du moment où on a confiance en soi, et quand on sait d'où on vient et où on va, il suffit par la suite de travailler, de travailler et de travailler. Il n'y a que le travail qui paye. J'ai bossé très dur à l'intersaison, j'étais déterminé à accomplir une belle saison et je pense que je suis en train de réussir ce début de saison. Ça marche bien pour le moment, mais la saison est encore longue.

Au-delà du jeu, du rendement et de la performance individuels, on a l'impression que vous êtes très heureux, que vous êtes épanoui. C'est peut-être ça l'autre secret, non ?

Si vous vous voulez appeler ça un secret, je dirai que oui. Oui, je suis très heureux, je suis dans bien dans ma tête et dans ma peau, je ne manque de rien et cela me permet de mieux m'exprimer sur le terrain et d'avoir un meilleur rendement.

En plus clair, Bezzaz revit à Constantine, c'est cela ?

C'est exactement ça. Je suis passé par une période très difficile. Après la blessure que j'ai contractée en Equipe nationale, j'ai un peu galéré. Ce n'était pas très évident de revenir au haut niveau. J'avais bien l'opportunité de relancer ma carrière en France, mais j'ai fait le choix de rentrer en Algérie. Car, j'estime que dans des moments aussi difficiles, l'environnement est très important pour retrouver la sérénité et l'envie surtout.

Et vous avez retrouvé tout cela au CSC ?

Oui, là, à Constantine, je suis dans mon environnement. Constantine c'est chez moi. Je suis près de ma famille, entouré de mes proches et je ne manque de rien. En plus, le  CSC m'a offert toutes les conditions pour retrouver mon meilleur niveau. Je suis dans un grand club et je connais très bien le président qui est un homme super. Nous avons un groupe formidable, des joueurs très sympas, de bonne famille comme on dit, et ma foi, on ne peut pas demander plus.

On imagine que la décision de rentrer en Algérie n'a pas été facile à prendre pour vous. C'était un risque ?

Un risque ? Je ne sais pas. Il y a des moments dans la vie où il faut savoir prendre les bonnes décisions. J'étais encore sous contrat avec Troyes, le président et l'entraîneur voulaient que je reste, mais quelque chose me disait que mon avenir était en Algérie. Et puis, toute ma famille voulait rentrer.

En revenant, vous avez eu une première expérience avec l'USMA qui n'a pas bien marché pour vous. Pourquoi ?

Les raisons sont purement techniques. Je n'avais aucun problème d'ordre relationnel ou autre à l'USMA. Bien au contraire, j'étais très respecté, les joueurs étaient formidables, les dirigeants aussi. Mais je me suis rendu compte après le début du championnat que ce n'était pas l'équipe où je devais atterrir.

Expliquez-vous ?

Il y avait beaucoup de pression à l'USMA. On ne tolérait pas le moindre faux pas, j'avais l'impression qu'il fallait gagner tous les matchs et cela n'est jamais une bonne chose pour la vie d'un groupe. Je crois que nous étions 15 nouveaux joueurs si ma mémoire est bonne. C'est plus que la moitié de l'effectif, et dans ces conditions, il est impossible de trouver très vite les automatismes sur le terrain et une cohésion parfaite. Il fallait du temps, mais ils étaient impatients.

Qu'entendez-vous par des raisons techniques ?

C'est ce que je viens de vous dire avec en plus, un terrain qui ne me convenait pas. Le tartan n'est pas fait pour moi. Je  suis un joueur qui s'appuie beaucoup sur sa technique, et sur une pelouse synthétique, je ne suis jamais à l'aise. Les  appuis ne sont pas les mêmes que sur du gazon naturel, on ne peut pas réussir tous les gestes qu'on veut et il y a un grand risque de se blesser. Moi, je venais de me rétablir d'une méchante blessure, je ne voulais pas revivre la même chose. Sinon, sur le plan relationnel, je n'avais aucun problème avec qui que ce soit à l'USMA.

Revenons à votre club, le CSC, qui fait un bon début de saison avec un nouvel entraîneur, et pas des moindres. D'aucuns estiment justement, que Roger Lemerre est pour beaucoup dans ce qu'a montré le CSC jusque-là. Un commentaire ?

Roger Lemerre n'est plus à présenter, c'est un grand entraîneur, un gros calibre en la matière. Le CSC doit s'estimer heureux d'avoir un technicien comme lui et doit en profiter au maximum. Il a évidemment apporté sa touche, il essaye de construire quelque chose et il a le soutien de tout le monde. C'est une grande chance pour nous d'avoir un entraîneur comme lui, je ne connais pas beaucoup de clubs européens qui le refuseraient.

vous parle beaucoup ?

Oui, c'est quelqu'un qui communique beaucoup.

Plusieurs d'observateurs estiment que le CSC a un effectif très moyens cette saison, mais sur le plan tactique, c'est une équipe très organisée sur le terrain. Etes-vous d'accord avec ça ?

Un effectif très moyen ? Je ne suis pas très d'accord avec ça, nous avons quand même de bons joueurs. Mais quand j'entends  dire que le CSC joue bien tactiquement, on ne m'apprend rien (rire).

Je viens juste de vous parler de Lemerre, nous avons une chance de l'avoir avec nous.

Quel est l'objectif du CSC cette saison ?

Le maintien. Nous n'avons aucune obligation à part ça.

Vous ne pensez pas qu'il y a quand même un bon coup à jouer ?

En football, tout est possible, mais en même temps, il faut savoir où on va. Le président à un projet, il veut investir dans le moyen et le long terme. Il veut construire une grande équipe à l'avenir qui aura l'envergure d'aller jouer les titres et c'est pour ça qu'il a investi sur un grand entraîneur.

Notre objectif cette saison, c'est de bien jouer au football et d'assurer le maintien sans nous mettre une pression inutile. Maintenant, si quelque chose vient en route, on ne dira pas non bien sûr (rire).

Comme l'occasion de la saison passée en Coupe d'Algérie ?

Voilà, petit à petit, on est allés très loin en coupe, mais on ne l'a pas gagnée, dommage.

Mais votre public commence à parler de titres. Vous ne craignez pas qu'il vous mette la pression ?

Justement, le président essaye tout le temps d'adresser un message aux supporters pour qu'ils ne mettent pas la pression à leur équipe. Il le dit toujours, notre objectif c'est le maintien. Je me joins à lui d'ailleurs pour lancer un appel aux supporters et leur dire de soutenir leur équipe à fond, sans exiger d'elle quoi que ce soit. De notre côté, nous ferons tout pour leur faire plaisir.

A 31 ans, vous attendiez-vous à un retour en sélection ?

L'âge ne peut pas être un obstacle pour jouer au plus haut niveau. Je crois que je n'ai pas besoin de vous citer des exemples, il y en a plein. Et puis, à ce que je sache, on n'est pas vieux à 31 ans. En Algérie, on est jeune à 25 ans et on est vieux à 30 ans. Je me demande à quel âge peut-on jouer au football.

Mais est-ce que vous vous  attendiez à cette convocation du sélectionneur ?

Je ne sais pas comment vous répondre, mais moi, je n'ai jamais perdu de vue l'Equipe nationale. Je me suis fixé comme objectif d'y revenir un jour, et Dieu merci, cela s'est concrétisé. J'ai beaucoup travaillé, j'ai fait beaucoup d'efforts et je suis récompensé. Avec Halilhodzic, j'étais sûr que j'allais avoir une chance. C'est un entraîneur qui suit tout le monde, il regarde les matches de championnat, il se déplace en personne pour suivre les joueurs, et à partir de là, j'étais sûr qu'il allait me remarquer. Le plus important pour moi aujourd'hui, c'est de continuer sur cette lancée et de ne pas décevoir.

Comment avez-vous trouvé les Verts après les avoir quittés il y a presque trois ans ?

L'ambiance n'a pas changé. Il y a toujours un bon état d'esprit et un climat de sérénité. Il y a aussi une meilleure organisation. Quelques joueurs de l'époque ne sont plus là, mais l'ambiance est restée la même. Je me suis senti tout de suite à l'aise en ce sens que je connais tout le monde.

Entre l'équipe de Saâdane et celle d'Halilhodzic, laquelle préférez-vous ?

Je pense qu'Halilhodzic a pris le même groupe et y a opéré quelques changements qu'il a vus nécessaires. Chaque entraîneur a sa vision des choses par rapport à ses projets. Pour moi, c'est le même groupe qui a évolué sur tous les plans. Si vous me parlez de jeu, je préfère celui que prône Halilhodzic, un jeu offensif qui va de l'avant. Halilhodzic a mis plus en valeur les attaquants. Aujourd'hui, on n'attend pas l'adversaire, on va plutôt le provoquer et cela a donné des résultats, le constat est là.

Votre retour a coïncidé avec une brillante qualification à la prochaine CAN. Un commentaire ?

Je ne peux être que très content, je ne pouvais pas espérer mieux. Mais l'essentiel du travail a été fait au match aller à Casablanca. Il fallait juste confirmer chez nous et cela a été fait. C'est une qualification méritée, l'Algérie ne pouvait pas se permettre de rater une autre CAN après avoir ratée l'édition précédente.

Comment avez-vous vécu cette rencontre ?

J'étais très tendu, mais j'étais confiant en même temps. Comme je vous le disais, l'essentiel a été fait au match aller et je ne voyais pas comment la qualification allait nous échapper. Mais dès les premières minutes de jeu, on a été tous rassurés avec ces deux buts marqués. Après, il fallait gérer, c'est tout.

La CAN, c'est dans moins de trois mois. Vous y pensez déjà ?

Bien sûr que j'y pense, je veux bien y être, ça sera une grande déception si je la rate.

Vous n'avez pas l'impression que vous n'avez finalement rien raté en Equipe nationale depuis votre blessure en ce sens que l'Algérie n'a fait que galérer pendant tout ce temps-là avec une élimination de la CAN 2012 ?

Si on prend les choses de ce côté, oui. J'ai quitté l'EN après ma blessure pendant la CAN 2010 et je fais mon retour en même temps que la sélection en phase finale de la CAN. Mais quand même, depuis la venue du nouveau sélectionneur, il y a eu beaucoup de choses qui ont été accomplies, j'aurai aimé y participer.

Et comment voyez-vous la participation de l'Equipe nationale à cette prochaine CAN ?

La dernière fois, on a été demi-finalistes. Je pense que la logique voudrait qu'on doit faire autant ou mieux. Il faut être optimiste et ambitieux. Nous avons les moyens d'aller très loin et je suis sûr qu'on y parviendra.

Mais on risque de tomber sur de gros calibres au premier tour, puisque l'Algérie n'est que dans le troisième chapeau avant le tirage au sort qui aura lieu ce mercredi…

Je pense que même si nous étions tête de série, les choses ne seront pas faciles pour nous. Il n'y a plus de petites équipes en Afrique, on a vu comment la Zambie a surpris tout le monde en 2012 en gagnant la CAN. Pour moi, c'est la même chose. A part le pays organisateur qu'il faut éviter parce qu'il est toujours avantagé, toutes les autres équipes se valent. Les autres aussi ne veulent pas qu'on tombe dans leur groupe, vous savez ?

Revenons au championnat pour parler un peu du professionnalisme qui a été instauré il y a deux ans. Avez-vous remarqué des changements depuis ?

Non, pas vraiment car les clubs n'ont pas suivi. Il ne faut pas mentir à nous-mêmes. Qui dit professionnalisme, dit argent et gros moyens. On voit qu'aujourd'hui, la majorité des clubs, à part un ou deux, n'arrivent même pas à assurer les salaires chaque fin de mois à leurs joueurs. Je ne vois pas comment peut-on parler de professionnalisme dans ces conditions.

Rien n'a changé pour vous ?

Non, rien, à part quelques clubs qui essayent vraiment de passer au professionnalisme.

Lesquels ?

Il y a le CSC qui veut vraiment construire quelque chose de solide. Ce n'est pas parce que je joue dans ce club que je suis en train de dire ça, mais c'est vraiment ce que le président veut faire. Et il y ale meilleur exemple qui est celui de l'USMA. A mon avis, l'USMA est le seul club qui fonctionne comme un club professionnel au sens propre du terme.

Vous parlez en connaissance de cause bien sûr…

Exact, j'y étais et j'ai pu constater de moi-même les efforts consentis dans ce sens. On m'avait dit que l'USMA s'est dotée de grands moyens et tout, mais je n'avais jamais imaginé que c'était aussi sérieux. Je peux même vous dire que beaucoup de clubs en France n'ont pas les moyens de l'USMA et je pèse bien mes mots. Le  seul problème de l'USMA et des autres clubs algériens, ce sont les infrastructures. C'est la différence avec les clubs français ou européens qui ont tous leurs terrains, leurs salles et tout ce qui s'en suit.

Que peut-on vous souhaiter pour terminer ?

Aller en Afrique du Sud, c'est ce qui me tient à cœur. Quand j'ai quitté l'Equipe nationale, c'était avec un goût d'inachevé. On ne m'avait pas fait trop confiance à l'époque, je ne jouais pas trop alors que j'étais sûr de pouvoir apporter quelque chose. Si j'ai raté la Coupe du monde, qui reste mon plus mauvais souvenir et la plus grande déception de ma carrière, je ne veux pas rater cette CAN.

Par L. R.

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