Dimanche 19 Novembre 2017

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Lakhdar Belloumi à Derby

«Il faut penser à la qualification et non à la revanche»

En mars 1985, Lakhdar Belloumi a failli voir sa carrière stoppée net en se déplaçant avec son club, le GS Mascara, pour affronter le Ahly de Tripoli dans le cadre de la Coupe d'Afrique des clubs champions. Quelques jours après, le Ballon d'Or africain devait signer au profit de la Juventus de Turin de Michel Platini. Un rêve qui va partir en fumée, puisque Belloumi sera victime d'une grave blessure en terre libyenne. Il s'en souvient encore. Loin de se montrer rancunier, il appelle à la sagesse. Entretien.

Comment voyez-vous ce match décisif entre l'Algérie et la Libye pour la qualification à la phase finale de la CAN 2013 ?

C'est un match à grand enjeu, dans la mesure où il va permettre à l'une des deux équipes d'aller en Afrique du Sud. Dans un rendez-vous comme celui-là, tout est possible, mais il me semble plus facile pour notre sélection nationale, notamment par rapport au résultat acquis au match aller et au niveau de notre équipe qui, il faut le dire, est nettement supérieur à celui de son adversaire. Mais si l'enjeu est important, le fair-play l'est tout autant. Il faut penser à la qualification et non à la revanche.

Donc, l'EN a fait un grand pas vers la qualification après sa victoire au match aller…

Pas tout à fait. Je dirai que le score du premier match est avantageux pour nous, mais le football n'est pas une science exacte. Il faut se mettre dans la tête que nous ne sommes pas encore qualifiés et qu'il faut aborder ce match en faisant abstraction du résultat de la rencontre aller. Les Libyens vont essayer de nous provoquer, c'est sûr. Il leur reste cette carte et ils vont la jouer à fond. Si j'ai un message à faire parvenir aux joueurs, je leur dirai de faire très attention pour ne pas tomber dans le piège. Nous avons d'autres moyens et d'autres atouts à faire valoir. Nous avons une bonne équipe, qui joue de mieux en mieux...

Si l'EN a un souci à se faire, c'est quoi, selon vous ?

Le même souci auquel nous sommes confrontés depuis 2010: l'attaque. Si ma  mémoire est bonne, nous n'avons pas pu aligner la même composante en attaque deux matchs de suite. Depuis 2010, on cherche encore. Une fois c'est Ghezzal et Djebbour, une fois c'est Djebbour seul, une autre fois Ghezzal seul, puis c'est Slimani, ensuite c'est Soudani, puis on revient à Djebbour. Bref, il y a eu à chaque fois des changements à ce niveau et je pense que c'est le véritable problème de cette équipe.

Mais le rendement de l'EN en attaque s'est nettement amélioré depuis l'arrivée d'Halilhodzic…

C'est le jeu de l'équipe qui a changé, il faut bien faire la différence. Le jeu est aujourd'hui porté vers l'attaque ce qui n'était pas le cas avant. Mais au niveau de la composante de l'attaque, ce n'est pas encore stable. Personne n'a pu s'imposer jusque-là comme le véritable attaquant et le véritable buteur.

Il y a eu la révélation Slimani, ça ne vous a pas convaincu ?

Chez nous, on s'empresse de faire les éloges de tel joueur ou de tel autre après un ou deux buts marqués. Ce joueur me plait, mais pour moi, il n'a pas encore l'envergure de ce grand attaquant qu'on cherche. Il a fait certes la passe décisive, lors du match aller, mais il doit progresser encore.

Quelles seront les clés du match de ce soir ?

Il ne faut pas se poser trop de questions, ni faire des calculs. Quand un veut gagner un match, il faut attaquer, il faut les presser d'emblée, comme si la victoire est impérative. Mais il faut avoir de la volonté aussi, car ce n'est sans doute pas ce qui va manquer aux Libyens. D'ailleurs, tous les matches qu'ils ont pu gagner, c'était essentiellement grâce à leur grande volonté.

Le match aller a connu une fin houleuse, des incidents entre joueurs ont émaillé cette rencontre, alors qu'ils ne devaient pas avoir lieu. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Je dis que nous sommes malheureusement tombés dans leur piège. J'ai pu constater que nos joueurs ne connaissaient pas leur adversaire. Les Libyens ont toujours été comme ça. Sur le plan du jeu, leur équipe a rarement brillé. Mais elle arrive à compenser ce manque par la volonté et sa tendance à provoquer l'adversaire. J'appelle une nouvelle fois nos joueurs à faire preuve de vigilance et de ne pas répondre à la provocation.

Ce qui s'est passé à Casablanca a dû réveiller en vous de mauvais souvenirs, non ?

Oui, un très mauvais souvenir, le plus mauvais de ma carrière.

C'était en 1985 lors du match retour entre le Ahly de Tripoli et Mascara en coupe d'Afrique. Racontez-nous ce qui s'est passé ?

A cette époque, nous avions une très bonne équipe à Mascara. Lors de ces éliminatoires, nous avions dominé  tous nos adversaires à domicile avec des scores assez larges. Nous avions battu  le Ahly de Tripoli par quatre buts à zéro. C'était net et sans bavure. Les Libyens ne l'ont jamais accepté, ils n'ont pas digéré cette défaite. En retournant chez eux et pour justifier cette cuisante défaite, ils ont raconté n'importe quoi. Ils ont dit qu'ils ont été mal traités, qu'on leur a fait subir une terrible pression, qu'ils ont été lésés par l'arbitrage et tout ce qui s'en suit. Ce match s'est donc joué sous une grande tension et c'est Belloumi qui en a fait les frais.

Avec une méchante blessure à la cheville…

Exact. Ils se savaient déjà éliminés, c'était impossible pour eux de remonter quatre buts. Alors, ils avaient une cible en tête, Belloumi. A l'époque, je représentais toute une génération qui a hissé le football national très haut parmi les meilleures nations au monde. J'étais la cible parfaite pour eux.

Avant de jouer ce match, avez-vous eu des échos de ce qui se tramait autour de vous ?

Je me souviens qu'en descendant de l'avion à l'aéroport de  Tripoli, des Tunisiens qui y travaillaient sont venus me voir pour me dire que je dois faire très attention et qu'on était en train de me préparer un sale coup.  Je le savais, mais je ne pouvais pas ne pas jouer cette rencontre.

Cette blessure avait complètement freiné votre carrière alors que vous étiez sur le point de vous engager avec la Juventus. On suppose que vous êtes encore déçu…

Oui, je le suis encore. C'était l'année où j'avais enfin décidé d'aller jouer en Europe.

Nous étions en mars 1985 et j'avais rendez-vous avec les responsables de la Juventus le 1er mai, c'est-à-dire quelques jours seulement après ce match de Tripoli.  J'étais au sommet de mon rendement et j'étais enfin prêt à aller jouer dans un grand club européen. Malheureusement, tout est tombé à l'eau à cause de cette blessure et les négociations se sont rompues. C'est en effet, le plus mauvais souvenir de ma carrière.

Vous tenez encore rancune  aux Libyens à cause de ce qui vous est arrivé ?

Non, plus maintenant. Cette histoire est oubliée et je ne leur tiens pas rancune. C'était du football avec les risques qui vont avec. Il faut savoir faire la part des choses, les Libyens sont nos frères et celui qui m'a agressé ne les représente pas tous.

Justement, plusieurs personnalités ont appelé à la sagesse pour que les Libyens soient chaleureusement accueillis. Qu'en dites-vous ?

Je me joins à elles et je lance à mon tour un appel à tous les supporters de l'Equipe nationale pour leur dire que si vous aimez votre équipe, donnez la meilleure image de vous. Si vous voulez qu'on se qualifie à la CAN, soyez fair-play et soutenez votre équipe à fond, sans verser dans la haine et la colère qui ne servira que l'adversaire.

Comment voyez-vous les chances de l'EN ?

Nos chances sont intactes. Moi, je suis optimiste, je suis sûr qu'on va se qualifier. Si on marque un but, ça va nous suffire.

Que fait Belloumi en ce moment ?

Je ne suis pas totalement à l'arrêt, je veux dire que je ne suis pas loin du foot. Je suis en train d'attendre d'être désigné à la tête de la sélection des locaux. Normalement c'est moi qui prendrai en charge cette sélection, c'est ce qu'on m'a promis en tout cas. Je suis en train d'attendre.

R. L.

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