Dimanche 19 Novembre 2017

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Hamid Zouba à Derby 

«Avec Sonatrach, le MCA sera au niveau du Ahly du Caire»

ZOUBALe retour du MCA dans le giron de Sonatrach fait débat au sein du vieux club algérois et les avis sont d'ailleurs partagés à ce sujet.

L'ancien entraîneur des Verts et Rouge, Hamid Zouba, qui avait eu l'insigne honneur de mener le Doyen vers le premier titre africain remporté par un club algérien en 1976, a pris part, il y a quelques jours, à l'assemblée générale du Mouloudia, au cours de laquelle une résolution favorable au retour de Sonatrach a été votée. Une démarche que Zouba applaudit, à condition de ne pas répéter les erreurs du passé, car le premier passage du groupe pétrolier chez le MCA n'a pas été, selon ses dires, une totale réussite. L'on se rappelle qu'après le départ de Sonatrach, le club, pour reprendre les propos de Zouba, s'était retrouvé livré à lui-même, en ne disposant d'aucun patrimoine propre à lui. D'ailleurs, le Mouloudia est toujours SDF, au point de se retrouver souvent à la recherche d'un terrain d'entraînement. Selon Zouba,  Sonatrach, en décidant de reprendre le MCA, devra rectifier le tir, elle a l'obligation de faire de ce club l'un des ténors africains.

Vous avez refait surface sur la scène mouloudéenne en prenant part à l'assemblée générale extraordinaire du club la semaine passée. Comment avez-vous décidé de vous impliquer à nouveau dans la vie du club ?

Les dirigeants du Mouloudia, et une fois n'est pas coutume, ont pensé à moi en m'intégrant dans la liste des membres de l'assemblée générale, en compagnie de plusieurs anciens joueurs, notamment de la génération des années 1970. Ce n'est en vérité qu'une réhabilitation pour cette génération dorée du football algérien et du vieux club de la capitale en particulier. Vous n'êtes pas sans savoir que, jusque-là, on était, nous les anciens du Doyen, qui avions écrit en lettres d'or l'histoire de ce club, longtemps marginalisés. Cela dit, quand on m'a appelé pour m'inviter à prendre part à l'assemblée générale extraordinaire du club, je me devais de m'y
rendre, d'autant que le sujet qui allait être débattu lors de ce rendez-vous était d'une extrême importance pour l'avenir du MCA et même du football national.

Vous faites sûrement allusion au dossier de la reprise par Sonatrach du MCA...

Effectivement. D'ailleurs, tous les membres de l'assemblée générale ont adopté la résolution portant le retour de Sonatrach dans les affaires de notre club. Je trouve que cette décision est intervenue au bon moment, afin de mettre un terme à une situation chaotique qui prévaut au Mouloudia et qui menace le club dans son existence même. Inutile de dire que ce club, censé être la locomotive du football algérien, est devenu la risée de tout le monde. On en a vraiment marre de tous ces interminables feuilletons qui ont porté préjudice à l'équipe, notamment après le passage du club vers le professionnalisme. Je dois dire que l'imminent retour de Sonatrach ne devra être que bénéfique pour le MCA et le football algérien en général. Cette réalité, les membres de l'AG l'ont bien comprise et c'est la raison pour laquelle ils ont voté à l'unanimité la résolution relative au retour de Sonatrach.

Est-ce à dire que les 12 dernières années, passées en dehors du groupe pétrolier, sont parties en fumée ?

On peut dire ça, même si dans cette période-là, le club a réussi à décrocher deux Coupes d'Algérie et un championnat national. Mais, tout cela n'est rien, à mes yeux, au vu du standing du Doyen et la place qu'il doit occuper sur le double plan national et continental. Malheureusement, beaucoup de choses négatives se sont passées dans le club depuis qu'il a consommé son divorce avec Sonatrach. Le moment est venu donc pour repartir sur des bases solides, surtout que le football algérien est entré de plain-pied dans le monde professionnel.

Mais ils sont nombreux aussi dans le vieux club de la capitale à dire que l'expérience de Sonatrach avec le Mouloudia, de 1977 jusqu'à 2001, n'a pas été une totale réussite. Un commentaire ?

Cela est vrai. Personne ne peut dire que Sonatrach a mené le Mouloudia vers le haut. Au contraire, le club avait réussi de très bons résultats avant l'arrivée de l'entreprise pétrolière, dans le cadre de la réforme sportive. J'étais entraîneur de la légendaire formation mouloudéenne des années 1970 qui avait réussi à imposer sa domination sur la scène algérienne et africaine. Je sais donc de quoi je parle, mais cela ne nous empêche pas de tendre la main de nouveau à Sonatrach, car on est persuadés  que tout le monde, dans les deux côtés, a tiré les enseignements de la première expérience.

Vous pensez, donc, que Sonatrach va revenir avec un autre mode de gestion...

C'est plus que primordial, sinon ça ne sert à rien de revenir au club. Cette entreprise, et comme tout le monde le sait, avait déboursé des milliards de centimes au cours de son premier passage dans le club, mais sans qu'il y ait au retour des résultats concrets, puisqu'après la réforme sportive, le MCA a perdu beaucoup de sa notoriété. Tout le monde dans le club s'interrogeait après le retrait de Sonatrach des affaires du club en 2001, pourquoi ce géant dans le monde économique africain, a remis les clés du club aux dirigeants civils sans aucun patrimoine. Ce n'est un secret pour personne d'ailleurs, le Mouloudia est depuis plusieurs années un club SDF qui peine à trouver ne serait-ce qu'un terrain d'entraînement, soit l'outil de travail le plus élémentaire pour une équipe digne de ce nom. Malheureusement, Sonatrach s'est retirée, laissant le club qu'elle avait parrainé pendant un quart de siècle, se débattre dans des problèmes énormes, lesquels se sont accumulés jusqu'à ce que le Doyen se retrouve tout simplement menacé de disparition. Justement, aujourd'hui, on attend de Sonatrach de rectifier le tir. Il est nécessaire, voire vital, de bien analyser le premier passage de cette société dans le club et tirer les enseignements nécessaires afin d'éviter de commettre les erreurs du passé, sinon, un tel come-back n'aura aucun sens.

Qu'est-ce que vous attendez concrètement de Sonatrach ?

J'attends ce que tout le peuple du MCA espère, à savoir faire de ce club le meilleur en Algérie et en Afrique. La Sonatrach est censée redonner au Mouloudia son lustre d'antan. Il faut que le club devienne comme Al Ahly du Caire ou l'ES Tunis. Il est né pour être toujours grand  et je pense que les moyens dont dispose Sonatrach sont suffisants pour le mener vers cet objectif, mais à la seule condition qu'il y ait une bonne gestion sur le double plan sportif et administratif. Le club devra avoir également son propre patrimoine, car j'étais vraiment déçu de tenir une assemblée générale dans un hôtel, alors qu'après 91 ans d'existence, le MCA devait avoir ses propres installations dans tous les domaines. Vous voyez donc que le retard est immense, même si je reste persuadé qu'avec une bonne volonté de la part de Sonatrach et les futurs dirigeants du club, le Mouloudia a la force de rattraper tout ce temps perdu. Ceci dit, les bienfaits d'un éventuel retour de Sonatrach au club devraient se répercuter sur le football national en général.

Comment ça ?

Dans quelques semaines, on va amorcer la troisième saison du professionnalisme en Algérie et je n'ai pas besoin de rappeler que jusque-là, l'expérience est un véritable fiasco. L'implication de Sonatrach devrait donner un nouvel élan à ce projet, car elle pourrait servir de modèle pour d'autres entreprises nationales pour s'engager avec d'autres clubs. Croyez-moi, le football algérien en particulier, et le sport en général, a vraiment besoin de ce grand coup de pouce des sociétés de l'envergure de Sonatrach pour sauver l'expérience professionnelle en Algérie, d'autant plus qu'elle  a été lancée d'une manière irréfléchie, et les problèmes financiers auxquels font face actuellement les clubs en sont la parfaite illustration.

Mais il est question d'abord pour Sonatrach de reprendre le CSA, c'est-à-dire les 13 sections sportives qui activaient depuis 2008 sous le sigle du Groupement sportif pétrolier. La section football, elle, est toujours sous la coupe de la nouvelle SPA...

Cette SPA dont vous parlez est au bord de la faillite. On n'a pas d'autres choix que de remettre le club entier entre les mains de Sonatrach, mais sous une autre forme de gestion qui n'aurait rien à voir avec celle ayant prévalu par le passé. Le premier volet sur lequel tous les efforts devraient être concentrés est celui de la formation. Un secteur qui a vraiment été délaissé, que ce soit au Mouloudia ou dans les autres clubs. Les plus grandes formations en Europe, y compris le FC Barcelone, misent désormais sur le produit de leurs centres de formations respectives, alors que chez nous, on change chaque année tout un effectif, en ramenant des joueurs de différents horizons. Au MCA, par exemple, et je ne cite que cette intersaison, aucun joueur des catégories jeunes n'a été promu en équipe fanion. Ce n'est pas dans nos traditions de miser sur des joueurs venant d'ailleurs. La belle histoire du club était écrite par ses propres enfants, ceux-là même qui ont passé une dizaine d'années ensemble dans les catégories jeunes jusqu'à la catégorie séniors, où ils ont cueilli le fruit de leur formation. Je ne dirai pas qu'une équipe doit être exclusivement composée des joueurs du cru, car il n’y a aucun mal à recruter trois ou quatre joueurs d'autres clubs, mais seulement dans les postes où l'on a le plus besoin. Le nouveau MCA qu'on espère doit s'inspirer du modèle de la glorieuse équipe des années 1970. Pour ce faire, il faut qu'il y ait des dirigeants à la hauteur, car si on avait gagné la coupe d'Afrique en 1976, c'est beaucoup plus grâce au dénouement et l'abnégation des dirigeants en place. Malheureusement, des hommes de ce calibre n'existent pratiquement plus.

En parlant justement de ce titre africain de 1976, nombreux sont les observateurs qui disent que les clubs algériens ont encore beaucoup de chemin à faire pour espérer gagner la Ligue des champions d'Afrique. L'ASO, qui participe à l'actuelle édition de la C1, est en train  de le vérifier à ses dépens. Pourquoi ces échecs à répétition, selon-vous ?

Oui, on est encore loin du haut niveau africain. Le MCA, qui a participé la saison passée à la phase des poules de la Ligue des champions, avait terminé l'épreuve à la dernière place, si mes souvenirs sont bons, alors que l'ASO trouve toutes les peines du monde pour décrocher son premier point dans cette phase des poules. Beaucoup de choses manquent à nos clubs, notamment sur le plan logistique. C'est vraiment très difficile de parcourir l'Afrique en faisant de longs périples. Et puis, le niveau africain progresse sensiblement, alors que le notre régresse sans cesse. Ce n'est un secret pour personne, on ne produit plus de bons joueurs, parce qu'on n'accorde pas d'importance à la formation et tant que les choses demeurent ainsi, on ne peut espérer s'offrir une Ligue des champions.

Pour élever le niveau, la majorité de nos clubs recourent aux compétences étrangères, comme l'atteste l'engagement de pas moins de huit entraîneurs étrangers pas les clubs de la Ligue 1, en prévision du prochain exercice à venir. Pensez-vous que le salut passe réellement par le recrutement des entraîneurs étrangers ?

Franchement, je ne suis pas du tout d'accord avec cette politique. C'est comme si l'Algérie ne produit plus de bons joueurs ni de bons entraîneurs. Tout le monde à tendance de ne faire confiance qu'à ce que produisent les écoles européennes, que ce soit au niveau des équipes nationales ou des clubs. Vu ma grande expérience sur les terrains, en tant que joueur et entraîneur, je peux vous certifier que les footballeurs algériens sont très doués, il suffit juste de les bien prendre en charge en matière de formation. J'étais très content de voir nos clubs passer au professionnalisme, mais je constate que jusque-là, on n'a toujours pas appliqué l'essentiel de ce système ni compris le but recherché à travers la mise en place d'un tel mode de gestion, à savoir redonner à la formation ses lettres de noblesses. La preuve, aucun club n'a encore ouvert son centre de formation et tant que ce volet est toujours ignoré, on ne peut aspirer à relever le niveau.
 
On a remarqué que vous vous êtes rallié aux nombreux techniciens algériens qui ont critiqué les présidents des clubs qui ont recouru aux entraîneurs étrangers…

Je ne veux pas qu'on comprenne mal mes propos. Je ne suis pas contre la venue des compétences étrangères, surtout s'il s'agit de techniciens reconnus. Mais, je dis qu'il faudra également faire confiance à nos jeunes entraîneurs et leur donner l'occasion de se perfectionner, en les envoyant périodiquement en Europe pour faire des recyclages auprès d'instructeurs de haut niveau. On doit compter sur nos techniciens pour relancer notre football, car ce sont eux qui sont censés jouer un rôle prépondérant dans la formation de nouveaux talents.

Tout à l'heure, vous avez critiqué l'expérience professionnelle en Algérie. Pourquoi ?

Je trouve anormal qu'on démarre cette expérience avec 32 clubs, car on donne l'occasion au premier venu de se transformer en club professionnel. Résultats des courses : la grande majorité des entreprises créées pour avoir le statut professionnel sont au bord de la faillite. Si on se réfère aux critères retenus dans le cahier des charges qui régit les clubs professionnels, je suis persuadé qu'ils sont nombreuses les formations qui perdront leur nouveau statut.
 
L'Equipe nationale amorcera bientôt le dernier virage dans les éliminatoires de la Coupe d'Afrique des nations 2013, en donnant la réplique à la Libye. Comment voyez-vous ce rendez-vous ?

Il est clair qu'il s'agit d'une double confrontation très difficile, en ce sens que l'adversaire a montré qu'il a de la qualité, en dépit des difficultés qu'il vit en raison de la situation politique instable. Sa participation à la précédent Coupe d'Afrique des nations, alors qu'il avait joué ses matches de qualification hors de ses bases, montre si besoin est que cette équipe a vraiment du caractère. Et puis, le caractère derby du match face à l'Algérie constituera un facteur motivant supplémentaire pour les Libyens, qui sont dans leur majorité des joueurs locaux. Rien que pour cela, notre équipe doit prendre très au sérieux cet adversaire.

Etes-vous, en tant qu'ancien sélectionneur national, de ceux qui pensent que la sélection algérienne est complètement métamorphosée depuis l'arrivée du technicien bosnien Vahid Hallilhodzic ?

Il est clair que Hallihodzic, qui n'est pas à présenter, est en train de faire un bon travail avec les Verts qui réapprennent notamment à gagner après de longs mois de disette, mais il a encore du chemin à faire, car le plus dur reste à faire. Et puis, le véritable pari de la sélection algérienne, à mon avis, c’est d'arriver un jour à compter sur les joueurs locaux, comme cela a été le cas par le passé. Certes, on est encore loin de cette réalité, mais il est temps de bien penser à la question, car il y va de l'avenir du football algérien.
 
Pour terminer, on a appris que les dirigeants de l'USMH souhaitent vous confier le poste de directeur technique des jeunes catégories. Où en sont les choses à ce propos ?

Il est vrai, les dirigeants de l'USMH m'ont proposé à plusieurs reprises de m'occuper de la formation au sein de leur club, mais pour l'heure, je ne peux le faire dans la mesure où j'ai d'autres engagements dans le même secteur avec les militaires, ainsi que dans la fondation du FLN, à travers laquelle on s'est lancé dans un travail de fond pour le lancement des académies de football au niveau de chaque wilaya, avec le concours, bien sûr, des autorités locales. Et croyez-moi, c'est cela notre véritable challenge.

R. L.

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