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Réda Babouche à Derby

«En 2010, j'ai prêté 800 millions à Ghrib
pour payer les joueurs»

baboucheLe capitaine et le plus ancien joueur du MCA, Réda Babouche, tire la sonnette d'alarme, mettant en garde contre un départ massif des cadres du vieux club de la capitale, notamment avec cette crise administrative et financière qui sévit chez le Doyen, et qui n'a que trop duré.

Mais l'ancien latéral gauche des Verts ne veut pas, ni lui ni ses coéquipiers, se mouiller dans cette guerre de clans pour s'offrir les commandes du Doyen. "Nous les joueurs, nous voulons rester neutres dans cette bataille, nous ne sommes ni pour Loungar ni pour Ghrib", ne cesse-t-il de marteler, profitant de l'occasion également pour lancer au passage un appel à la sagesse en direction des supporters qui veulent s'en prendre aux joueurs, leur faisant rappeler que ces derniers ont un contrat moral avec le club, pas avec les personnes. Une manière pour lui de devancer les évènements, vu tout ce qui se prépare dans le camp des opposants à l'actuelle direction du Mouloudia. Evidemment, on en a profité pour évoquer avec lui son passage au sein des Verts, avec lesquels il avait pris part à un seul match lors de la CAN-2010, avant qu’on lui montre la porte de sortie en compagnie d'autres coéquipiers du cru,  quelques mois avant le Mondial-2010.

On suppose que vos vacances sont perturbées à cause de tout ce qui se passe au Mouloudia...

Effectivement. D'ailleurs, ce n'est pas mon cas seulement, mais celui de tous mes coéquipiers. C'est vraiment dommage d'en arriver là, car un grand club comme le MCA mérite un meilleur sort. Mais que voulez-vous que je vous dise ? La situation est telle  qu'on se retrouve contraints de suivre impuissants l'évolution des choses, car la solution n'est   pas entre les mains des joueurs.
 
Le coordinateur de la section football, qui fait toujours office du premier responsable du club, n'a pas, encore une fois, tenu promesse, puisque vous n'êtes toujours pas régularisés. Quelle a été votre réaction après la  volte-face de Ghrib ?

Je peux dire là que les responsables du Mouloudia, à leur tête Omar Ghrib, ont vraiment la chance d'avoir affaire à des joueurs de bonne famille qui sont tout simplement en train de faire des sacrifices pour le club. Figurez-vous qu'on est partis en vacances sans toucher pas moins de six salaires. Malgré cela, les joueurs, je dirai la plupart, ont fait preuve de patience, et n'ont pas voulu jeter de l'huile sur le feu. Et si on a agi de la sorte, c'est parce qu'on sait tous que le club traverse une situation très difficile, avec ce flou qui entoure toujours son avenir .
 
Mais en tant que joueurs professionnels, on suppose que vous n'allez certainement pas  attendre longtemps pour trancher sur votre avenir personnel...

Jusque là, je fais personnellement de mon mieux pour convaincre mes coéquipiers de se montrer encore patients. Je sais que d'autres joueurs à leur place seraient déjà partis, mais comme ils ont une sorte de contrat moral avec le club, ils ont consenti à attendre encore. Mais attention, la patience à des limites.
 
Certains restent persuadés toutefois que le rendez-vous de lundi prochain que vous a fixé Ghrib lui-même pour vous régulariser sera celui de la dernière chance. Etes-vous de cet avis ?

Assurément,  car je suis persuadé que mes coéquipiers ne vont plus accorder des circonstances atténuantes à Ghrib cette fois-ci. Je pense qu'on a tous trop patienté, alors que la majorité des joueurs des autres clubs sont en train de goûter à leurs vacances tranquillement.
Et puis, la reprise des entraînements est pour bientôt, et tout joueur souhaite bien sûr être fixé sur son avenir.
 
On s'attend également à ce que Ghrib sollicite de nouveau vos services pour calmer les ardeurs de vos camarades...

Pour cette fois-ci, je ne pense pas pouvoir jouer le rôle de pompier, car je n'aurais certainement pas le courage de dire à mes camarades de patienter encore, même si ces derniers me vouent un respect particulier, pour lequel je les  remercie d'ailleurs vivement.
 
On peut déduire que si Ghrib ne venait pas à vous régulariser ce lundi, le Mouloudia risquerait tout simplement la grande saignée. Cela ne vous fait-il pas peur ?

Certainement que oui. Je souhaite toutefois qu'un tel scénario ne se produise pas, car ça serait tout simplement la catastrophe. Le Mouloudia n'a vraiment pas besoin   de ce genre de problèmes.
 
Mais les prémices de la saignée sont déjà apparus avec le départ de Koudri vers l'USMA, alors que   Megherbi et Bradja ont déjà signé au MCO…

Pour le départ de Koudri, je dirai que c' est une grosse perte pour le Mouloudia.
C'est un joueur qui a fait ses premières classe dans le club, au point de devenir le deuxième capitaine de l'équipe, sans parler bien sûr de ses qualités techniques et physiques qui lui ont permis de gagner une place de titulaire au MCA dès son jeune âge. Personnellement, j'aurais aimé qu'il patiente un peu avant de prendre cette décision de changer d'air, car au club, on a toujours besoin de ses services. Cela dit, et maintenant qu'il a scellé son divorce avec le Doyen, je n'ai qu'à lui souhaiter bonne chance dans sa nouvelle équipe.
Toujours est-il que Koudri reste toujours un bon ami à moi, et je peux même certifier qu'il est aime beaucoup le club, et s'il est parti, c'est qu'il a sûrement ses propres raisons. Quant à Bradja et Megherbi, je pense que leur départ était dans l'air avant même la fin de l'exercice car ils ne jouaient pas souvent avec le onze type, et tout le monde s'attendaient à ce qu'ils cherchent à monnayer leur talent dans un club qui  puisse leur offrir  la possibilité d'avoir plus de temps de jeu. Je profite de l'occasion pour leur souhaiter à eux aussi bonne chance.

 A votre avis, qui sera le prochain partant du MCA ?

Je ne sais pas vraiment. Certes, je suis très proche de mes coéquipiers, du fait que je suis leur capitaine,   mais croyez-moi, pour le moment, aucun autre joueur n'a émis le vœu de partir. Ils sont tous préoccupés par cette crise  financière et administrative qui sévit dans le club, tout en priant pour que les choses rentrent rapidement dans l'ordre. Au risque de me répéter, on a vraiment la chance de tomber sur des joueurs irréprochables.

Et vous concernant, ne songez-vous pas à quitter le navire  ?

Ecoutez, je suis à ma huitième saison au MCA, et si j'avais  envie de quitter le club, je l'aurais certainement fait auparavant. Croyez-moi, je recevais des offres financières très alléchantes de la part d'autres clubs, à l'image de l'ESS, pour ne citer que celui-là, mais sans pour autant que je tourne le dos au club qui m'a fait découvrir au grand public sportif. Si je suis arrivé  là, c'est grâce au Mouloudia, chose que je ne peux  nier durant toute ma vie. Ce n'est donc certainement pas aujourd'hui que je vais laisser tomber mon équipe alors qu'il traverse une période très difficile.

Vous faites preuve de fidélité à l'égard le MCA, et cela nous rappelle votre geste en 2010 quand vous aviez prêté la  somme de 800 millions de centimes à Ghrib pour régulariser vos coéquipiers. Pouvez-vous nous en parler aujourd'hui, sachant que rares sont les joueurs qui agissent de la sorte ?

Effectivement, j'ai bel et bien prêté 800 millions de centimes à Ghrib, et je l'avais fait dans l'intérêt du Mouloudia. Je sais que certains sont étonnés par ce geste, mais comme je me considère concerné par tout ce qui touche à mon club, je n'ai pas hésité à donner une suite favorable à la demande de Ghrib, d'autant plus qu'il est toujours le seul à se débrouiller pour mettre les joueurs à l'aise. Souvenez-vous, à cette période-là, on était sur le bon chemin pour décrocher le titre de champion, avant que des problèmes financiers ne surgissent, menaçant sérieusement la stabilité de l'équipe. C'est ce qui  a poussé Ghrib à me demander de l'aide, et je n'ai pas hésité à lui rendre service, car je ne voulais pas que tous les efforts qu'on avait consentis pour remporter le championnat partent en fumée. Dieu  merci, j'ai contribué doublement dans cette consécration, à laquelle je tenais tant.
C'était devenu même une obsession pour moi, en ce sens que je voulais enrichir mon palmarès avec le Doyen par un titre de champion, après avoir déjà gagné deux Coupes d'Algérie, ainsi qu'une Supercoupe.
 
Et vous aviez réalisé votre rêve ?

Effectivement. J'étais notamment très content pour mes jeunes coéquipiers, dont la plupart   goûtaient pour la première à la joie d'une consécration.
On avait, durant cette saison-là, une petite équipe vu que la plupart de sa composante venait juste d'être promue  en équipe fanion, manquant ainsi terriblement d'expérience. Mais malgré ce handicap, on a pu finir premiers devant l'armada des stars de l'ESS.
C'est tout à l'honneur de ces jeunes donc, et aussi à l'honneur des supporters qui nous ont toujours aidés, et dont le rôle était d'ailleurs décisif dans ce titre.

Mais, paradoxalement, vous vous étiez retrouvés contraints de jouer votre survie parmi l'élite la saison d’après. Pourquoi, selon vous ?

Vous l'avez bien dit qu'il s'agit d'un véritable paradoxe. C'est ça le Mouloudia, du moins depuis que je porte ses couleurs. Parfois, je me demande s'il n'était pas écrit quelque part que ce club ne parviendra jamais à trouver le bout du tunnel. C'est vraiment dommage pour le MCA et surtout pour ses nombreux supporters.
 
Malgré cela, vous avez quand même réussi l'exploit en parvenant à atteindre la phase des poules de la Ligue des champions durant la même saison ?

Oui. C'était là aussi un rêve que je caressais personnellement. Malheureusement pour nous, on n' était pas allé jusqu'au bout de l'épreuve. Certes, le fait d'être arrivés à la phase des poules d'une compétition aussi élevée, et de surcroît, avec tous les problèmes qu'on vivait à l'époque, représentait un véritable exploit, mais je reste persuadé personnellement qu'on avait les possibilités de faire mieux.
 
Vous vouliez dire que vous aviez tablé sur un tour plus avancé ?

Exact. Malheureusement, on s'est fait éliminer bêtement par la faute de la mauvaise préparation, dans la mesure où on  avait enchaîné par les matches de la Ligue des champions une semaine seulement après la fin du championnat. Ce n'est pas tout, puisque vous vous souvenez certainement qu'on se présentait aux rencontres avec 13 ou 14 joueurs, du fait qu'un bon nombre d'éléments disposant de licences africaines avaient quitté le club durant l'intersaison, à l'image de Zemamouche, Mokdad, Bouchema, Boudebouda et d'autres. Il était donc très difficile dans pareilles circonstances de s'en sortir.
 
Revenant au présent, et à cette guerre autour des commandes du club entre Ghrib et Loungar. Comment la vivez-vous, vous les joueurs ?

Il faut que tout le monde sache que nous les joueurs, nous ne sommes avec personne. En d'autres termes, on est neutres.
Ce qui nous intéresse le plus, c’est que les choses rentrent rapidement dans l'ordre pour le bien de l'équipe.
Tout le monde doit se rendre compte aussi que toutes les équipes vont bientôt reprendre les entraînements, et cette situation instable qui règne au Mouloudia ne contribuera certainement pas à la réalisation d'une saison à la hauteur du standing du club. Personnellement, j'en ai marre de tous ces problèmes. J'en ai marre aussi de voir mon équipe jouer pour le maintien.

On vous sent vraiment dépité…

Et comment ne pas l'être ? Quand on joue pour un club de l'envergure du Mouloudia, on a toujours cette ambition de toujours viser gros, or la situation qui y prévaut chaque saison ne plaide nullement pour cela. J'aurais aimé que tous ceux qui se bagarrent pour les commandes du club mettent pour une fois l'intérêt de l'équipe au dessus de tout.
 
Etes-vous au courant des menaces des pros-Loungar qui sont décidés à mener la vie dure aux joueurs, anciens ou nouveaux, si Ghrib reste à la tête du club, allant jusqu'à annoncer un boycott général des rencontres de l’équipe la saison prochaine ?

Franchement, je ne suis pas du tout au courant de cela. Mais si ce que vous dites est vrai, ce serait vraiment grave. Je me demande d'ailleurs pourquoi l'on veuille prendre les joueurs comme cible, alors que ces derniers sont là pour défendre les couleurs de leur club  et pour gagner leur vie. On ne va quand même pas tous abandonner le Mouloudia et l'exposer ainsi à un avenir incertain. Je souhaite bien que les supporters qui ont l'intention d'agir de la sorte  reviennent à la raison. Et je tiens également à le répéter : nous les joueurs, nous sommes neutres. Nous ne roulons ni pour Ghrib ni pour Loungar. Nous avons des engagements à honorer avec le Mouloudia, pas avec x ou y. Je souhaite que tout le monde mette bien ça dans sa tête.
 
Pensez-vous qu'avec tout ce rififi quotidien, le club sera capable de relever la tête la saison prochaine ?

Je pense qu'il est encore temps pour sauver les meubles, en signant une sorte de pacte entre toutes les parties antagonistes. Plus le temps passe, plus le danger devient de plus en plus menaçant. Mon souhait majeur est que tout le monde pense d'abord à l'intérêt du Mouloudia. Déjà, le rendez-vous de la dernière chance entre les joueurs et Ghrib approche à grands pas, et je ne souhaite pas que l'issue soit cauchemardesque, car au cas où il ne tiendra pas ses engagements cette fois  encore, je prédis vraiment la grande saignée au Mouloudia.
 
Parlons maintenant de votre passage en Equipe nationale, duquel vous retenez sûrement le mauvais souvenir de votre mise à l'écart, en compagnie de Zaoui, Raho et Ousserir, à quelques mois de la Coupe du monde en Afrique du Sud. Un commentaire ?

Oui, c'est un très mauvais souvenir même.   Je ne conteste pas la décision de l'entraîneur national, qui était d'ailleurs libre de prendre  les joueurs de son choix, mais ce que je regrette le plus, c’est le fait de m'avoir mis à l'écart sans me donner la moindre occasion pour montrer ce dont  j'étais capable. Je crois que Saâdane, avec tout le respect que je lui dois, avait fait de nous, les joueurs écartés, des boucs émissaires pour calmer les esprits après la sévère défaite concédée à domicile en amical contre la Serbie (3-0), quelques semaines avant le Mondial. Vous aviez sans doute remarqué que la plupart des joueurs sacrifiés étaient ceux qui évoluent dans le championnat algérien. Cela dit, j'ai bien tourné cette page, et ce n'est pas le fait que l'on m'ait privé d'un rêve d'enfance qui peut me pousser à ne pas supporter l'Equipe nationale, ou effacer d'un revers tous les bons moments passés avec les Verts.
 
Mais à l'arrivée, vous n'aviez joué peut-être qu'un seul match officiel avec les Verts...

Oui, c'est ça. C'était face au Nigeria, lors du match de classement de la CAN 2010. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas admis mon éviction sans me  donner la chance de m'exprimer sur le terrain. C'est ce qui m'a peiné le plus du reste, d'autant plus qu'à l'époque, j'étais le meilleur à ce poste, de l'avis même des spécialistes et des observateurs.
 
Et votre deuxième regret ?

Sans doute, de n'avoir pas tenté une expérience professionnelle. Certes, en 2009, j'avais l'occasion de jouer pour un club turc que m'avait proposé Amani. Je m'étais même déplacé sur place, mais à la dernière minute, j'ai préféré regagner le pays, car le contrat proposé ne m'a pas convaincu. Ceci dit, mon objectif était de décrocher un bon contrat dans un pays du Golfe, comme l'a fait mon ami et ancien coéquipier au MCA, Hadj Bouguèche. Malheureusement, je n'ai  pas eu  cette chance. Peut-être parce que lui il s'est attaché les services d'un bon agent, alors que moi j'ai l'habitude de négocier tout seul.
 
Qu'est-ce que vous avez à dire sur l'actuelle sélection algérienne qui a entamé un long parcours dans l'espoir de la mener à la CAN-2013 et au Mondial-2014 ?

Certes, tout le monde est unanime à dire qu'avec Halilhodzic beaucoup de belles choses sont en train de se faire en Equipe nationale, mais il faudra admettre que les Verts n'ont pas réussi leur premier véritable test  face au Mali, soit l'adversaire le plus costaud avec lequel on a croisé le fer jusque-là. C'est vous dire que beaucoup de travail reste encore à faire dans ce registre. Permettez-moi de rajouter une chose là-dessus.
 
Oui, allez-y…

J'ai l'impression qu'avec Halilhodzic, les joueurs locaux commencent à trouver leur compte, comme l'illustrent les prestations de Slimani, Hachoud et Aoudia. C'est un bon signal pour les joueurs évoluant en championnat national, longtemps délaissés, et auxquels je ne souhaite pas subir le même sort que nous avions subi Zaoui, Raho, Ousserir et moi.
 
Dans quelques jours, vous célébrerez votre 33ème anniversaire. C'est la retraite qui s'approche, non ?

Détrompez-vous, je n'ai pas l'intention de raccrocher les crampons, tant que mes jambes tiennent toujours. La saison passée, je n'étais pas été ménagé par les blessures, mais je souhaite que cette guigne ne me poursuive pas lors du prochain exercice. Sinon, je me sens capable de donner encore sur les terrains.
 
Et vous comptez rester au MCA ?

Normalement oui, à moins que les dirigeants n'en décident autrement.
 
Franchement, vous n'êtes pas affecté quand les supporters s'en prennent à vous, comme ça été le cas dans certains matches lors de l'exercice dernier ?

Je n'en veux nullement aux supporters qui m'avaient insulté, car ils voulaient exprimer leur désarroi en s'en prenant au plus ancien des joueurs sur le terrain, une situation  vécue par ceux qui portaient le brassard du MCA avant moi, à l'image de Benali, Bouacida et Badji.

R. L.



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